Feuilleton · Plantes anti-stress : retrouve le calme au fil de ta journée / Épisode 4
Le millepertuis : une plante médicinale qui demande de vraies précautions
27 août 2026
Précédemment
Depuis le début de cette série, nous avons découvert que la réponse au stress ne se résume ni au cortisol ni à un simple interrupteur biologique.
Nous avons ensuite rencontré la valériane, traditionnellement utilisée notamment pour favoriser la détente et accompagner certaines difficultés passagères de sommeil.
Puis nous avons découvert la mélisse et la passiflore, deux plantes que l’on retrouve fréquemment dans les préparations destinées à la tension nerveuse légère ou au sommeil.
À chaque étape, une même règle nous accompagne :
une plante peut avoir une activité biologique réelle sans pour autant devenir un médicament que l’on utilise seul pour traiter n’importe quel symptôme.
Aujourd’hui, cette règle devient encore plus importante.
Car nous allons parler du millepertuis (Hypericum perforatum).
Et avec lui, nous changeons véritablement de catégorie.
Ses petites fleurs jaunes pourraient donner l’image d’une plante parfaitement anodine.
Le millepertuis possède pourtant une particularité remarquable :
certaines de ses préparations font partie des produits végétaux les mieux étudiés dans le domaine de la dépression légère à modérée.
Mais cette phrase demande immédiatement plusieurs précisions.
Nous ne parlons pas ici d’une simple tisane capable de « redonner le moral ».
Nous ne parlons pas non plus d’un traitement à commencer soi-même lorsqu’on traverse quelques journées difficiles.
Et surtout, toutes les préparations à base de millepertuis ne sont pas équivalentes.
Et le fameux « blues hivernal » ?
Lorsque les journées raccourcissent, certaines personnes remarquent des changements d’énergie, de sommeil ou d’humeur.
Il existe également un véritable trouble appelé dépression saisonnière, qui correspond à des épisodes dépressifs suivant un schéma saisonnier.
Ce n’est pas simplement :
« novembre arrive, je manque de soleil et j’ai le moral dans les chaussettes ».
Son diagnostic relève d’un professionnel de santé et sa prise en charge ne se résume pas au millepertuis.
Il serait donc trompeur de présenter cette plante comme « le remède naturel contre le blues saisonnier ».
Une plante qui mérite d’être prise au sérieux
Le millepertuis possède une très longue histoire d’utilisation traditionnelle.
Mais son intérêt actuel vient surtout du fait que certaines préparations standardisées ont été étudiées dans des essais cliniques concernant notamment des épisodes dépressifs légers à modérés.
Les résultats de plusieurs travaux sont suffisamment intéressants pour que le millepertuis occupe une place particulière parmi les plantes médicinales.
Mais cette efficacité potentielle possède un revers majeur :
le millepertuis interagit avec un nombre important de médicaments.
Il peut modifier leur concentration dans l’organisme et donc, dans certains cas, diminuer fortement leur efficacité ou augmenter le risque d’effets indésirables.
C’est pourquoi cet épisode sera différent des précédents.
Nous allons évidemment nous intéresser à ses constituants et aux recherches consacrées à ses effets.
Mais notre priorité sera surtout de comprendre pourquoi une plante vendue comme produit naturel peut avoir des conséquences comparables à celles que l’on surveille avec certains médicaments.
Et pour commencer, regardons ce que nous savons réellement de son action.
##Lorsqu’on parle de dépression, une explication revient souvent :
Lorsqu’on parle de dépression, une explication revient souvent :
« le cerveau manque de sérotonine ».
Cette formule a l’avantage d’être simple.
Elle a surtout le défaut d’être beaucoup trop simple.
La dépression est un trouble complexe dans lequel peuvent intervenir de nombreux facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. On ne peut pas la réduire au niveau d’un seul neurotransmetteur.
Sérotonine, dopamine et noradrénaline participent effectivement au fonctionnement du système nerveux et font l’objet de nombreuses recherches.
Mais notre humeur ne dépend pas d’un simple réservoir qu’il suffirait de remplir.
Hypéricine, hyperforine et beaucoup d’autres composés
Le millepertuis contient de nombreux constituants.
Parmi les plus étudiés figurent notamment l’hyperforine, l’hypéricine, la pseudohypéricine ainsi que différents flavonoïdes.
Pendant longtemps, l’hypéricine a occupé une place centrale dans les explications concernant l’activité du millepertuis.
Aujourd’hui, l’hyperforine est également considérée comme un composé important de certaines préparations.
Mais là encore, prudence avec les raccourcis.
On rencontre parfois l’affirmation selon laquelle :
« l’hyperforine bloque la recapture de la sérotonine exactement comme un antidépresseur ».
Les mécanismes étudiés avec le millepertuis sont en réalité plus complexes et ne sont pas totalement élucidés.
Différents systèmes de neurotransmission ont été étudiés, notamment ceux impliquant la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline.
Cela ne signifie pas pour autant que le millepertuis fonctionne simplement comme un antidépresseur classique fabriqué par une plante.
Que montrent les études ?
C’est finalement plus important que de chercher à expliquer chaque molécule.
Certaines préparations standardisées de millepertuis ont été étudiées dans de nombreux essais cliniques chez des personnes présentant notamment des épisodes dépressifs légers à modérés.
Des synthèses de ces recherches ont conclu que certaines préparations pouvaient présenter un intérêt dans ce contexte et, dans certaines études, obtenir des résultats comparables à ceux de certains antidépresseurs.
Mais trois précautions sont indispensables.
Premièrement, ces résultats concernent des extraits et des préparations précis, pas automatiquement n’importe quelle tisane ou gélule portant le nom « millepertuis ».
Deuxièmement, cela ne signifie pas que le millepertuis est systématiquement aussi efficace qu’un antidépresseur pour toutes les formes de dépression.
Et troisièmement, une éventuelle meilleure tolérance observée dans certaines études ne signifie absolument pas :
« même efficacité, mais sans les inconvénients des médicaments ».
Le millepertuis possède ses propres effets indésirables et surtout un problème particulièrement important :
ses interactions avec de nombreux médicaments.
C’est d’ailleurs cette caractéristique qui montre à quel point une plante peut être biologiquement active.
Et c’est le sujet que nous devons maintenant examiner avec le plus d’attention.
Les interactions médicamenteuses : le point à vérifier avant toute utilisation
S’il ne fallait retenir qu’une seule précaution concernant le millepertuis, ce serait celle-ci :
il peut interagir avec de nombreux médicaments.
Et il ne s’agit pas d’une précaution théorique.
Le millepertuis peut modifier l’activité de différents systèmes impliqués dans le métabolisme et le transport des médicaments, notamment certaines enzymes de la famille des cytochromes P450 ainsi que des transporteurs comme la P-glycoprotéine.
Pour simplifier, certains médicaments peuvent alors être éliminés ou transportés différemment par l’organisme.
Leur concentration dans le sang peut diminuer et leur efficacité peut s’en trouver modifiée.
Contraception hormonale
Le millepertuis peut interagir avec certains contraceptifs hormonaux et réduire leur efficacité.
C’est donc une association qui mérite impérativement d’être vérifiée auprès d’un médecin ou d’un pharmacien.
Anticoagulants
Certaines interactions concernent également des traitements anticoagulants.
Une modification de leur concentration ou de leur effet peut avoir des conséquences importantes.
L’association ne doit donc pas être improvisée.
Immunosuppresseurs
C’est l’un des exemples historiques les plus sérieux.
Le millepertuis peut diminuer les concentrations de certains médicaments immunosuppresseurs, notamment ceux utilisés après une transplantation.
Dans ce contexte, une interaction peut avoir des conséquences particulièrement graves.
Certains traitements contre le VIH ou certains cancers
Des interactions sont également connues avec certains antirétroviraux et certains traitements utilisés en cancérologie.
Là encore, l’enjeu n’est pas simplement un petit effet secondaire :
le médicament peut devenir moins efficace.
Antidépresseurs et autres médicaments agissant sur la sérotonine
La situation est différente avec certains antidépresseurs et d’autres médicaments ayant une activité sérotoninergique.
L’association peut augmenter le risque d’un excès d’activité sérotoninergique et, dans certaines circonstances, contribuer à un syndrome sérotoninergique, complication potentiellement grave.
Millepertuis et antidépresseur ne doivent donc pas être associés ou substitués l’un à l’autre sans encadrement médical.
Et ce n’est pas toute la liste
Voici précisément pourquoi une liste trouvée dans un article ne suffit pas.
Les interactions du millepertuis concernent bien davantage de médicaments que les quelques exemples que nous venons de citer.
La règle la plus sûre est donc extrêmement simple :
si vous prenez un médicament, demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien avant d’utiliser du millepertuis.
Et cela vaut également si votre médicament ne figure pas dans cette liste.
Attention aussi à l’arrêt
Il existe un autre piège moins connu.
Puisque le millepertuis peut modifier le métabolisme de certains médicaments, son arrêt peut lui aussi changer leur concentration dans l’organisme.
Commencer ou arrêter du millepertuis lorsque l’on suit un traitement n’est donc pas toujours anodin.
C’est une raison supplémentaire pour éviter l’automédication.
Et même en l’absence de traitement médicamenteux, cela ne signifie pas qu’une personne présentant une baisse persistante de l’humeur devrait commencer seule une cure.
La première question n’est pas « quelle dose de millepertuis prendre ? », mais « qu’est-ce qui explique cette modification de mon humeur ? »
C’est justement pourquoi nous allons modifier complètement la partie suivante : plutôt que construire une « cure progressive » maison, nous allons voir comment s’y retrouver parmi les différentes préparations de millepertuis et pourquoi leurs dosages ne sont pas interchangeables.
##Extrait, gélule, tisane : toutes les préparations ne se valent pas
Lorsqu’une étude clinique parle de « millepertuis », elle ne signifie pas nécessairement :
quelques fleurs mises dans une tasse d’eau chaude.
Les recherches ont souvent été réalisées avec des extraits précis et standardisés, préparés selon des procédés déterminés.
C’est essentiel, car la composition d’un produit à base de millepertuis peut varier selon la partie de la plante utilisée, le procédé d’extraction et la concentration obtenue.
Les extraits secs
On trouve notamment du millepertuis sous forme de comprimés ou de gélules contenant des extraits secs.
Certains produits indiquent leur teneur ou leur standardisation en différents constituants.
Mais un nombre de milligrammes ne suffit pas à comparer deux produits.
300 mg d’un extrait ne sont pas automatiquement équivalents à 300 mg d’un autre extrait.
C’est pourquoi reprendre le dosage utilisé dans une étude et l’appliquer à n’importe quel complément acheté dans le commerce serait une mauvaise idée.
Pour une préparation destinée à un usage médicinal, la notice du produit et les conseils d’un professionnel de santé constituent de bien meilleurs repères.
Les préparations liquides
Teintures et autres extraits liquides existent également.
Leur concentration peut varier considérablement.
Là encore, un nombre générique de « gouttes » trouvé sur Internet n’a donc pas beaucoup de sens sans connaître précisément le produit utilisé.
Et l’infusion ?
Les sommités fleuries de millepertuis peuvent également être utilisées en infusion.
Mais une tisane traditionnelle et un extrait standardisé étudié dans un essai clinique ne sont pas interchangeables.
Boire une infusion de millepertuis ne permet donc pas de reproduire automatiquement les résultats observés avec certains extraits.
Et surtout, utiliser la plante sous forme de tisane ne fait pas disparaître automatiquement la question des interactions.
Pourquoi nous ne proposons pas de « cure progressive »
Vous trouverez facilement des protocoles du type :
« première semaine telle dose, deuxième semaine telle dose, puis cure pendant six ou huit semaines ».
Nous n’allons volontairement pas en proposer ici.
Le millepertuis est étudié dans un domaine — la dépression — qui mérite une véritable évaluation lorsqu’un problème d’humeur devient persistant.
De plus, ses nombreuses interactions rendent peu raisonnable la construction d’une cure standard applicable à tout le monde.
Le bon dosage dépend d’abord de la préparation précise et de la situation de la personne.
Une précaution supplémentaire : le soleil
Le millepertuis est également associé à un risque de photosensibilisation, particulièrement avec certaines préparations ou à doses importantes.
Cela signifie qu’une sensibilité accrue de la peau à la lumière peut survenir.
Inutile d’en conclure que toute personne ayant bu une infusion doit vivre enfermée derrière ses volets.
Mais cette propriété constitue une précaution supplémentaire à connaître, particulièrement avec des préparations concentrées et lors d’une exposition importante aux UV.
La règle la plus simple
Avec la mélisse, nous pouvions facilement parler d’une tasse préparée pour le plaisir et la détente.
Avec le millepertuis, nous devons changer de logique.
Avant d’envisager son utilisation régulière, particulièrement sous forme d’extrait :
vérifiez les médicaments que vous prenez, lisez les précautions du produit et demandez conseil à un médecin ou à un pharmacien.
Et si la baisse d’humeur dure, s’aggrave ou perturbe réellement la vie quotidienne, le plus important n’est pas de choisir entre tisane et gélule.
C’est d’en parler à un professionnel de santé.
Ce qu’on a vu
Le millepertuis (Hypericum perforatum) est une plante médicinale particulièrement étudiée. Certaines préparations standardisées ont notamment fait l’objet de recherches dans le cadre des épisodes dépressifs légers à modérés. Cela ne signifie pas qu’il constitue automatiquement un traitement du « blues hivernal », ni qu’une baisse persistante de l’humeur doit être prise en charge seul avec une plante. Le millepertuis contient de nombreux constituants, parmi lesquels l’hyperforine, l’hypéricine et différents flavonoïdes. Plusieurs mécanismes biologiques sont étudiés, mais son action ne peut pas être résumée à « augmenter la sérotonine dans le cerveau ». Les résultats obtenus dans certaines études concernent des préparations précises. Une infusion, une poudre de plante et différents extraits standardisés ne sont donc pas automatiquement équivalents. Le point de vigilance majeur concerne ses nombreuses interactions médicamenteuses. Le millepertuis peut notamment modifier le métabolisme ou l’efficacité de certains médicaments. Commencer mais également arrêter du millepertuis peut avoir de l’importance lorsqu’un traitement médicamenteux est pris simultanément. Une photosensibilisation est également possible, particulièrement avec certaines préparations ou à doses importantes.
La conclusion est donc assez différente de celle que l’on pourrait attendre d’un article consacré à une plante :
le millepertuis est intéressant précisément parce qu’il est biologiquement actif — et cette activité est aussi la raison pour laquelle il ne faut pas l’utiliser à la légère.
Avec lui, demander conseil à un médecin ou à un pharmacien lorsqu’on prend un traitement n’est pas une formule de prudence ajoutée en bas de page.
C’est une partie essentielle de son bon usage.
⚠️ Avis important Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre informatif et ne remplacent ni un diagnostic ni l’avis d’un professionnel de santé. Un mal de tête inhabituel, particulièrement intense, persistant ou accompagné d’autres symptômes peut nécessiter une consultation médicale. Les plantes et autres solutions naturelles peuvent également présenter des contre-indications ou interagir avec certains traitements. En cas de grossesse, d’allaitement, de maladie chronique, de traitement médical ou pour une utilisation chez l’enfant, demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien avant utilisation.
Demain
Après le millepertuis, nous allons changer complètement d’univers.
Direction deux plantes dont les noms apparaissent de plus en plus souvent dans les compléments destinés au stress et à la fatigue :
l’ashwagandha et la rhodiola.
Elles sont fréquemment regroupées sous un même terme :
les adaptogènes.
L’idée paraît séduisante : plutôt que de simplement favoriser la détente, ces plantes aideraient l’organisme à mieux « s’adapter » aux périodes de stress.
Mais que signifie réellement ce mot ?
Existe-t-il une définition scientifique claire d’un adaptogène ?
Et surtout, peut-on vraiment affirmer que l’ashwagandha et la rhodiola « régulent le cortisol », « renforcent les surrénales » ou augmentent notre résistance au stress comme on le lit régulièrement ?
Nous verrons que ces deux plantes ont des histoires, des compositions et des données scientifiques différentes.
Nous regarderons également leurs précautions, car « adaptogène » ne signifie évidemment pas « adapté à tout le monde ».
Après une plante aussi particulière que le millepertuis, ce sera donc l’occasion de poser une nouvelle question :
derrière l’immense succès actuel des adaptogènes, où s’arrête la recherche et où commence le marketing ?
C’est ce que nous essaierons de démêler dans le prochain épisode.
Valide tes acquis
Les questions des jeux viennent des épisodes que tu viens de lire. Choisis ton arène :
Cet article a été rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle. Il est informatif et ne constitue ni un conseil médical, ni un conseil juridique, ni un conseil en investissement.