Feuilleton · Fatigue & Plantes : Retrouve ton énergie naturellement / Épisode 3
Éleuthérocoque : que reste-t-il du fameux « ginseng sibérien » contre la fatigue ?
2 septembre 2026
Précédemment
Dans l’épisode 1, nous avons appris qu’une fatigue persistante peut avoir de nombreuses causes et qu’il faut éviter de transformer un symptôme en autodiagnostic.
Dans l’épisode 2, nous nous sommes intéressés à l’ashwagandha, une plante de la tradition ayurvédique aujourd’hui étudiée notamment pour ses effets possibles sur le stress et le sommeil.
Nous avons également découvert une expression qui va nous accompagner aujourd’hui :
les plantes dites « adaptogènes ».
Car pour comprendre l’histoire de ce concept, il faut justement remonter vers l’Union soviétique du XXe siècle.
Dans les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale, des chercheurs soviétiques s’intéressent à des substances susceptibles d’aider l’organisme à mieux résister à différentes formes de stress et d’effort.
C’est dans ce contexte que se développe progressivement le concept d’adaptogène.
Parmi les plantes étudiées figure un arbuste originaire d’Asie du Nord-Est :
l’éleuthérocoque (Eleutherococcus senticosus).
Son histoire va rapidement se mêler à celle de la recherche soviétique sur les performances physiques, la fatigue et la résistance au stress.
Avec le temps, une histoire beaucoup plus spectaculaire s’est également construite autour de lui.
On lit aujourd’hui qu’il aurait été :
« le secret des cosmonautes soviétiques »,
« la plante des champions olympiques »
ou même
« l’alternative naturelle aux produits dopants ».
Ces récits ont largement participé à sa réputation.
Mais leur répétition sur Internet ne suffit pas à les transformer en preuves historiques ou scientifiques.
Et surtout, les recherches soviétiques anciennes ne correspondent pas toujours aux standards méthodologiques que l’on exige aujourd’hui d’un essai clinique.
Cela rend justement l’éleuthérocoque particulièrement intéressant à examiner.
Car derrière la légende du « ginseng sibérien », il existe réellement une plante utilisée depuis longtemps et étudiée pour différents effets potentiels.
La question est donc moins spectaculaire, mais beaucoup plus utile :
que savons-nous réellement aujourd’hui de l’éleuthérocoque et de ses effets sur la fatigue et les performances ?
C’est ce que nous allons essayer de démêler.
L’éleuthérocoque, c’est quoi exactement ?
Son nom scientifique est Eleutherococcus senticosus.
On le rencontre encore très souvent sous le nom de « ginseng sibérien ».
Cette appellation est pratique commercialement, mais elle peut prêter à confusion : l’éleuthérocoque n’appartient pas au genre Panax, celui du véritable ginseng.
Les deux plantes appartiennent néanmoins à la même famille botanique, celle des Araliacées.
Un arbuste venu des régions froides d’Asie
L’éleuthérocoque est un arbuste épineux originaire d’Asie du Nord-Est.
On le rencontre notamment dans certaines régions de Russie, de Chine, de Corée et du Japon.
Dans les compléments alimentaires et préparations traditionnelles, ce sont principalement les parties souterraines — racines et rhizomes — qui sont utilisées.
Son environnement naturel froid et parfois difficile contribue beaucoup à son image de plante de « résistance ».
Mais attention à une idée séduisante que l’on rencontre souvent en phytothérapie :
une plante qui survit dans des conditions extrêmes ne transmet pas automatiquement cette capacité de résistance à l’être humain.
Pour savoir ce qu’elle peut réellement faire dans notre organisme, il faut étudier sa composition puis tester ses effets.
Les éleuthérosides
L’éleuthérocoque contient différentes familles de composés.
Parmi les plus connus figurent les éleuthérosides, notamment les éleuthérosides B et E.
Vous retrouverez parfois leur teneur indiquée sur les compléments alimentaires.
Ces substances ont servi à caractériser certains extraits et font partie des constituants étudiés dans les recherches sur la plante.
Mais là encore, prudence avec les raccourcis.
Dire que les éleuthérosides :
« régulent les glandes surrénales »,
« équilibrent le système nerveux »
ou
« renforcent directement l’immunité »
donne l’impression que leurs effets chez l’être humain sont parfaitement établis et compris.
Ce n’est pas le cas.
Différents mécanismes biologiques ont été proposés ou observés expérimentalement, mais cela ne suffit pas à démontrer un bénéfice clinique chez une personne fatiguée.
Un des symboles historiques des « adaptogènes »
L’éleuthérocoque occupe néanmoins une place particulière dans l’histoire des plantes dites adaptogènes.
Il a été largement étudié dans l’ancienne Union soviétique dans le cadre de recherches consacrées à la résistance de l’organisme face à différents stress.
C’est notamment cette histoire qui a construit sa réputation de plante destinée à :
la fatigue,
l’endurance,
la concentration
et
la résistance au stress.
Mais une réputation historique et une preuve clinique moderne sont deux choses différentes.
Et c’est précisément ce que nous allons examiner maintenant.
Ce que la recherche soviétique a étudié — et ce qu’on sait aujourd’hui
Une grande partie de la réputation de l’éleuthérocoque vient des recherches réalisées en Union soviétique à partir du milieu du XXe siècle.
La plante a été étudiée dans différents contextes liés notamment à :
l’effort physique,
la fatigue,
les performances intellectuelles,
le travail dans des conditions difficiles
et
la résistance de l’organisme à différents stress.
Certaines publications anciennes rapportaient des résultats favorables.
C’est notamment sur cette base que l’éleuthérocoque a acquis sa réputation de plante capable d’aider l’organisme à « tenir » dans des situations exigeantes.
Pourquoi faut-il rester prudent avec ces résultats ?
On rencontre parfois des affirmations très précises :
« des milliers de travailleurs ont été testés »,
« les performances des athlètes ont augmenté »,
« les pilotes faisaient moins d’erreurs »
ou
« les personnes prenant de l’éleuthérocoque tombaient moins souvent malades ».
Le problème n’est pas nécessairement que toutes ces affirmations soient inventées.
Le problème est de savoir comment les études ont été réalisées.
Une partie de ces travaux est ancienne, parfois difficilement accessible, et ne répond pas toujours aux critères que nous attendons aujourd’hui :
randomisation clairement décrite,
groupe placebo,
double aveugle,
nombre suffisant de participants
et
méthodes statistiques transparentes.
On ne peut donc pas simplement additionner tous les participants de ces recherches et conclure :
« l’efficacité a été prouvée sur plusieurs milliers de personnes ».
Et les recherches plus récentes ?
Des études plus modernes ont également examiné l’éleuthérocoque dans différents contextes.
Certaines ont obtenu des résultats intéressants sur des paramètres liés à l’endurance, la fatigue ou certaines performances physiques.
D’autres n’ont pas retrouvé de bénéfice suffisamment clair.
Cette hétérogénéité est importante.
Elle signifie que nous disposons d’un signal suffisamment intéressant pour continuer à étudier la plante, mais pas d’une preuve permettant d’affirmer qu’elle augmente systématiquement l’endurance ou les capacités intellectuelles.
Et concernant le stress ?
Comme pour l’ashwagandha, différents mécanismes liés à la réponse de l’organisme au stress ont été étudiés.
Mais résumer cela en affirmant :
« l’éleuthérocoque empêche le cortisol de monter »
serait beaucoup trop simple.
Les relations entre stress, hormones, système nerveux et fatigue sont complexes, et les données disponibles ne permettent pas de transformer l’éleuthérocoque en régulateur universel du cortisol.
Alors, est-il utile contre la fatigue ?
C’est précisément là qu’il faut distinguer usage traditionnel, réputation et niveau de preuve.
L’éleuthérocoque possède une longue histoire d’utilisation comme tonique et a fait l’objet de nombreuses recherches.
Cela en fait une plante intéressante.
Mais si vous terminez chaque journée épuisé(e), avez des difficultés persistantes de concentration ou tombez régulièrement malade, cela ne permet pas de conclure :
« l’éleuthérocoque correspond exactement à mon problème ».
Comme nous l’avons vu depuis le début de cette série, une fatigue persistante mérite d’abord que l’on cherche à comprendre sa cause.
L’éleuthérocoque peut éventuellement trouver sa place dans certaines démarches de phytothérapie.
Il ne remplace pas cette recherche de la cause.
Et finalement, c’est une bonne illustration de notre règle :
une histoire scientifique intéressante ne signifie pas nécessairement une efficacité clinique définitivement démontrée.
Éleuthérocoque ou ginseng : quelle différence ?
Le surnom « ginseng sibérien » entretient une confusion.
L’éleuthérocoque et le véritable ginseng sont bien deux plantes différentes.
Le ginseng asiatique (Panax ginseng) appartient au genre Panax.
L’éleuthérocoque (Eleutherococcus senticosus) appartient au genre Eleutherococcus.
Ils font partie de la même famille botanique — les Araliacées — mais leur composition n’est pas identique.
Des constituants différents
Le ginseng est notamment connu pour ses ginsénosides, une famille de substances abondamment étudiée.
L’éleuthérocoque contient quant à lui différents composés parmi lesquels les fameux éleuthérosides dont nous avons parlé précédemment.
Les deux plantes ont été utilisées comme toniques et sont fréquemment rangées dans la catégorie des « adaptogènes ».
Cela ne signifie pas pour autant qu’elles sont interchangeables.
L’une est-elle plus stimulante que l’autre ?
On rencontre souvent cette comparaison :
« le ginseng donne un coup de fouet, tandis que l’éleuthérocoque apporte une énergie plus douce et durable ».
L’image est séduisante.
Mais elle simplifie beaucoup trop les données disponibles.
Les effets ressentis peuvent varier selon la personne, le produit, la quantité utilisée et le contexte.
Et contrairement à la caféine, ni le ginseng ni l’éleuthérocoque ne doivent être considérés simplement comme des stimulants produisant un effet énergétique immédiat et prévisible.
Comment choisir entre les deux ?
Plutôt que de retenir :
ginseng = sprint
et
éleuthérocoque = marathon,
mieux vaut regarder précisément ce que vous recherchez et surtout le produit que vous envisagez d’utiliser.
Les études disponibles ne portent pas nécessairement sur les mêmes préparations, les mêmes doses ou les mêmes populations.
On ne peut donc pas conclure que l’éleuthérocoque est automatiquement « meilleur » pour une fatigue prolongée ou que le ginseng convient forcément mieux lorsqu’on recherche un effet rapide.
Et dans les deux cas, une fatigue persistante ne doit pas être simplement classée comme :
« fatigue à traiter avec un adaptogène ».
Sa cause reste la première chose à considérer.
Et les fameux cosmonautes ?
L’association entre l’éleuthérocoque et les cosmonautes soviétiques fait désormais partie de son histoire populaire.
Elle est tellement répétée qu’elle est parfois présentée comme une preuve de son efficacité.
Mais même si certains programmes soviétiques se sont intéressés aux substances dites adaptogènes, l’utilisation précise de l’éleuthérocoque par les cosmonautes et les bénéfices qu’ils en auraient tirés sont beaucoup moins faciles à documenter que ne le laissent entendre les récits commerciaux.
Retenons donc l’histoire pour ce qu’elle est :
un élément fascinant de la réputation de la plante, mais pas un essai clinique.
Pour choisir entre ginseng et éleuthérocoque, mieux vaut s’appuyer sur les données disponibles et la situation individuelle que sur les légendes de la guerre froide.
Comment choisir et utiliser l’éleuthérocoque ?
Comme pour l’ashwagandha, le mot « éleuthérocoque » inscrit sur une boîte ne suffit pas à savoir exactement ce que contient le produit.
On le trouve sous différentes formes :
racine séchée, poudre, extrait sec, extrait liquide ou gélules.
Avant de parler de quantité ou de durée, il faut donc commencer par regarder ce que l’on achète.
Quelle forme choisir ?
Les compléments utilisent généralement les parties souterraines de la plante : racines et rhizomes.
Certains extraits sont caractérisés ou standardisés à partir de constituants comme les éleuthérosides B et E.
Cette information permet notamment de mieux identifier la préparation utilisée.
Mais, comme nous l’avons vu avec les withanolides de l’ashwagandha :
un pourcentage plus élevé ne signifie pas automatiquement un produit plus efficace.
La qualité de la matière première, le procédé d’extraction et la quantité réellement consommée comptent également.
Existe-t-il une dose idéale ?
On rencontre fréquemment des recommandations exprimées en milligrammes d’extrait ou en nombre de gouttes.
Le problème est que les préparations ne sont pas toutes équivalentes.
500 mg de poudre de racine ne correspondent pas nécessairement à 500 mg d’un extrait concentré.
Il est donc préférable de respecter les indications correspondant au produit choisi plutôt que d’appliquer à tous les compléments une quantité trouvée dans une étude ou sur Internet.
Et si vous prenez un traitement ou présentez un problème de santé particulier, demandez conseil à un professionnel avant de commencer.
Matin ou soir ?
L’éleuthérocoque est traditionnellement utilisé comme tonique et beaucoup de produits conseillent une prise plutôt en première partie de journée.
Cela ne signifie pas qu’il existe une heure scientifiquement démontrée à laquelle il fonctionnerait mieux.
Certaines personnes peuvent également ressentir des effets différents.
Si vous constatez qu’une prise tardive semble perturber votre sommeil, il est évidemment raisonnable de l’éviter le soir.
Faut-il faire une cure de 6 à 8 semaines ?
Autre règle que l’on retrouve souvent :
« six à huit semaines de cure, puis deux à quatre semaines de pause ».
Ce type de protocole est très répandu dans les conseils de phytothérapie.
Mais il ne faut pas le présenter comme une règle biologique universelle démontrée pour tous les utilisateurs et tous les extraits d’éleuthérocoque.
Les études ont utilisé différentes durées.
Si vous choisissez d’essayer un complément, définissez plutôt l’objectif de son utilisation, respectez les recommandations du produit et réévaluez régulièrement son intérêt.
Un complément ne devrait pas être poursuivi indéfiniment simplement parce qu’il est devenu une habitude.
Quelles précautions ?
L’éleuthérocoque n’est pas adapté à toutes les situations.
Une prudence particulière est notamment recommandée pendant la grossesse et l’allaitement, périodes pour lesquelles les données de sécurité sont insuffisantes.
Si vous souffrez d’hypertension, d’une maladie chronique ou si vous prenez régulièrement des médicaments, demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien avant de l’utiliser.
Des interactions médicamenteuses sont parfois évoquées pour l’éleuthérocoque. Leur niveau de preuve n’est pas identique dans tous les cas, ce qui constitue justement une raison pour éviter les associations improvisées lorsque vous suivez déjà un traitement.
Enfin, si une fatigue est suffisamment importante pour vous conduire à rechercher un complément pendant plusieurs semaines, gardez notre règle de départ :
le complément ne doit pas retarder la recherche de la cause de cette fatigue.
Le réflexe à retenir
Avant d’acheter de l’éleuthérocoque, regardez donc :
le nom botanique (Eleutherococcus senticosus),
la partie de la plante utilisée,
poudre ou extrait,
la quantité réellement apportée par jour,
les éventuels constituants caractérisés
et
les précautions indiquées.
Une fois encore, choisir correctement une plante commence moins par la recherche du « dosage parfait » que par la compréhension de ce que contient réellement le produit.
Ce qu’on a vu
L’éleuthérocoque (Eleutherococcus senticosus), souvent appelé « ginseng sibérien », n’est pas un véritable ginseng, même s’il appartient à la même famille botanique que Panax ginseng. Il occupe une place importante dans l’histoire des plantes dites adaptogènes, notamment en raison des recherches menées en Union soviétique à partir du milieu du XXe siècle. Sa réputation de plante des cosmonautes, sportifs et travailleurs soviétiques est largement reprise aujourd’hui. Mais les données historiques et les anciennes études ne permettent pas de transformer ces récits en preuve définitive de son efficacité. Des recherches plus récentes se sont intéressées à ses effets possibles sur la fatigue, l’endurance, les performances physiques et la réponse au stress, avec des résultats variables. Les éleuthérosides, notamment B et E, font partie des constituants utilisés pour caractériser certains extraits. Leur présence ne signifie toutefois pas à elle seule qu’un produit sera efficace. Éleuthérocoque et ginseng ne sont pas interchangeables, mais la formule « ginseng = sprint, éleuthérocoque = marathon » est beaucoup trop simple pour résumer leurs différences. Il n’existe pas de dose, d’horaire ou de durée de cure universels applicables à tous les produits. La forme utilisée, sa composition, sa concentration et la situation individuelle doivent être prises en compte.
L’éleuthérocoque reste donc une plante intéressante dans l’histoire et la recherche sur les « adaptogènes ».
Mais sa réputation spectaculaire mérite d’être distinguée de ce que les études permettent réellement d’affirmer aujourd’hui.
⚠️ Avis important Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre informatif et ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé. Les plantes et compléments alimentaires peuvent présenter des contre-indications ou interagir avec certains traitements. En cas de traitement médical, de maladie chronique, de grossesse ou d’allaitement, demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien avant de commencer une cure ou d’utiliser un complément alimentaire.
Demain
Nous avons rencontré l’ashwagandha puis l’éleuthérocoque.
Dans le prochain épisode, direction les régions froides d’Europe et d’Asie pour découvrir une troisième plante très connue dans l’univers des adaptogènes :
la rhodiola (Rhodiola rosea).
Elle est notamment étudiée pour ses effets potentiels sur le stress, la fatigue et certaines performances cognitives.
Et, comme pour les deux plantes précédentes, sa réputation va parfois beaucoup plus loin que les données disponibles.
Peut-elle réellement aider lorsqu’on se sent mentalement épuisé ?
Améliore-t-elle la concentration ?
Et que peut-on raisonnablement attendre d’elle dans les périodes de stress prolongé ?
Dans l’épisode 4, nous allons séparer les usages traditionnels, les résultats des essais cliniques et les promesses marketing.
Rhodiola : plante intéressante contre la fatigue liée au stress ou nouvel adaptogène auquel on prête un peu trop de pouvoirs ?
C’est ce que nous allons vérifier.
Valide tes acquis
Les questions des jeux viennent des épisodes que tu viens de lire. Choisis ton arène :
Cet article a été rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle. Il est informatif et ne constitue ni un conseil médical, ni un conseil juridique, ni un conseil en investissement.